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Presse – 05 Avril 2020 

Le “Collectif pour la Transition en Guinée” veut prendre en main le destin du pays

Un collectif pour la transition en Guinée (CTG) regroupant des figures de la diaspora guinéenne, a été récemment créé en France pour protester contre les tueries qui se sont déroulées lors du double scrutin législatif et référendaire le 22 mars dernier en Guinée et afin d’empêcher un troisième mandat du président Alpha Condé.

Rencontre avec l’initiateur et l’un des co-fondateurs du CTG, Monsieur Ibrahima Sorel Keita, pour revenir sur la naissance du collectif.

1) Qui sont les membres fondateurs de ce collectif ?
Les membres fondateurs sont des personnes engagées depuis toujours dans le combat pour les droits de l’homme. Ils ont été rejoints par d’autres qui sont révoltés par les tueries et les violences en Guinée. Ils sont de toutes origines Guinéens, Africains et Français. Nous avons aussi des Turcs, des Indiens, et des Canadiens. La base reste la Guinée, l’Afrique et la France. Cette diversité fait la particularité et la force du collectif qui considère qu’il n’est pas besoin d’être Guinéen pour se sentir concerné par ce qu’il se passe en Guinée.

Je ne suis que le trait d’union, l’élément fédérateur qui a permis à ces gens de se retrouver pour agir.

2) Pourquoi avoir décidé d’initier ce projet maintenant ? Quel a été le déclic pour la diaspora guinéenne ?
Nous avons toujours suivi la situation guinéenne et interpellé les autorités et les décideurs sur la nécessité d’apaisement du climat social et politique et les risques de violence.

Le déclic a été bien entendu les tueries, l’entêtement obsessionnel du président Alpha Condé à changer la constitution pour briguer un troisième mandat et l’exacerbation de la violence avec le pic tragique du Dimanche 22 Mars.

Dans un État normal, les responsables doivent en tirer les conséquences, demander pardon et démissionner. C’est pourquoi nous
réclamons le départ d’Alpha Condé et de tous ceux qui sont impliqués dans ces massacres et la mise en place avec l’aide de la communauté internationale d’une transition inclusive.

3) Quelle sera la nature des actions menées ?
Nous n’allons pas dévoiler notre stratégie d’actions par simple stratégie et parce que nous y travaillons d’arrache-pied en ce moment avec diverses organisations et des groups d’experts constitués au sein du collectif. Je peux tout de même vous dire d’emblée que les premières actions seront à plusieurs niveaux :

Action de plaidoyer, interpellation et sensibilisation sur la situation Guinéenne et la nécessité d’une transition inclusive,
en direction de la communauté internationale, des médias, des partenaires de la Guinée et des organisations Africaines et internationales. Le but étant de les pousser à agir et d’obtenir le soutien de la communauté internationale.

Pression sur le régime par divers moyens mais rassurez-vous, des moyens légaux en Guinée et à l’étranger.  Je n’en dis pas plus.

Volet judiciaire sur lequel travaille le groupe Droit et Justice du Collectif.

Volet humanitaire et sanitaire avec des actions de sensibilisation de prévention et de solidarité en direction de nos populations notamment les malades et les personnes touchées ou exposées au Coronavirus. Un groupe en est chargé avec le soutien de médecins et humanitaires membres ou proches du Collectif. Nous sommes déterminés et les nombreux soutiens nous galvanisent.

4) Certaines actions seront-elles réalisées en Guinée ?
Bien entendu, notamment celles concernant le volet humanitaire et sanitaire.
Nous avons la chance d’avoir des réseaux efficaces sur place et depuis notre sortie de nombreux soutiens et propositions d’actions viennent aussi de Guinée. La pression sur le régime doit être interne et internationale. Il faut juste éviter au niveau interne de mettre la vie des gens en danger.

5) Pouvez-vous nous parler du calendrier du collectif ?
Les actions du Collectif précitées augurent de son calendrier qui se décline non pas en date mais autour de trois axes : urgence, permanence et efficacité. Nous ferons feu de tout bois toujours et partout. Nous sommes conscients que c’est une oeuvre de longue haleine qui nécessite engagement, sérieux et détermination. Cela ne sera pas facile en raison des pesanteurs et des résistances d’arrière-garde.

Certains dans l’entourage du Président, souvent les plus médiocres, ont tellement pris goût au pouvoir qu’ils pensent qu’il leur est dû de façon exclusive et patrimoniale. Ils ne lâcheront pas l’affaire mais nous les ferons partir.

Nous sommes aussi déterminés qu’eux avec comme avantage notre idéal et le puissant sentiment d’être en phase avec les aspirations profondes du peuple de Guinée.

5) Et de son financement ?
Le financement est constitué par des contributions et dons de certains membres et des personnalités qui nous soutiennent. Nous avons de formidables surprises. Depuis quelques jours des propositions de soutien financier affluent. Ça nous touche beaucoup car certes la majorité sont des Guinéens mais nous avons aussi de nombreux étrangers. Bientôt nous mettrons en place une plateforme de financement participatif pour le grand public.

6) De quels moyens de pression disposent la diaspora et ce collectif pour empêcher un troisième mandat du président Condé ?
Comme je l’ai déjà dit nous avons des actions à plusieurs niveaux et nous ferons feu de tout bois tout le temps et partout où cela sera possible ou nécessaire.

A l’heure actuelle nous ne pouvons pas en dire davantage. N’oubliez pas qu’il y a quelques années lorsque le régime du Général Conté s’est rendu coupable de la mort de plus de 150 personnes, j’étais le président de la Coordination des Associations Guinéennes de France.

Tous les opposants vivant en France dont Alpha Condé et les acteurs de la Diaspora Guinéenne et Africaine se souviennent de ce que nous avons été capables de faire en synergie avec notre regretté frère syndicaliste Ibrahima Fofana et ses troupes.

Ce n’est ni la même époque ni le même régime mais les réseaux demeurent. L’éthique et la détermination aussi.

7) Le collectif entend-il proposer des représentants aux prochaines échéances électorales guinéennes ?
Le Collectif est mu par une éthique et des valeurs. Il est au service de l’intérêt général c’est-à-dire l’intérêt des plus modestes,
ceux que le pouvoir et une partie des élites ignorent voire méprisent.

La finalité de notre combat est affirmée dans notre communiqué charte : répondre aux urgences sanitaires et socio-économiques et préparer les échéances électorales de façon transparente et participative. Par conséquent il est impossible et contradictoire de proposer des représentants du Collectif aux prochaines échéances électorales.

Participer à la transition évidemment OUI.
Participer aux élections évidemment NON.
On ne peut pas être juge et partie.

Notre ambition c’est le changement et la rénovation de la vie politique Guinéenne et pas la perpétuation de pratiques anti-démocratiques et anachroniques.

Il faut faire de la Guinée un pays normal, que dis-je un pays plus que normal. Lui faire retrouver sa vocation historique en Afrique : Le pays modèle qui aiguillonne, le pays phare qui illumine.

8) Est-il ouvert au public ?
Le Collectif est ouvert au public et nous avons un contact téléphonique et une adresse mail : mantalamax@gmail.com.
Nous mettrons en place très prochainement une plateforme d’adhésion et une page facebook dédiée en dehors de la mienne. D’ores et déjà nous nous réjouissons des centaines de messages que nous recevons de partout dans le monde y compris en Chine, en Afrique du Sud et en Indonésie.
 
Nous avons des propositions d’adhésion, de création d’antennes et même d’aide financière par la grâce de Dieu. Comme disent certains nous étions attendus et espérés.

Nous en sommes honorés mais cela nous engage et nous oblige à être à la hauteur de ces espérances.

9) Un dernier mot à l’endroit des Guinéens ?
La situation Guinéenne nous interpelle. Nous n’avons pas le droit de nous taire et d’être inactif.
Ce n’est pas normal qu’un pays aussi riche soit aussi pauvre et que la violence l’impunité et la corruption règnent en maître
absolu.

Il est urgent d’agir pour sauver ce peuple martyr et sortir le pays de l’ornière.

Pour cela bien entendu nous avons besoin du soutien sincère et massif de tous ceux qui se sentent concernés. Nous sommes un peuple fraternel et respectable avec des ressources insoupçonnées que certains politiques et apprentis sorciers sans foi ni loi ont instrumentalisés et avilis. Retrouvons notre essence et nos valeurs fondamentales et Ensemble nous réussirons.

 
Propos recueillis par Dieretou Diallo.